Articles de presse

 

 

Une radiographie des cheveux pour remplacer la mammographie.

La mammographie remplacée par une radiographie… des cheveux!

Il est sans doute inutile d’insister longuement sur l’importance du cancer du sein parmi les causes de décès chez la femme. Les différentes méthodes de dépistage se bousculent depuis longtemps, à coups d’études statistiques sur leur efficacité pure ou leur rapport coût/bénéfice, sous l’œil attentif du monde politique qui a pour mission d’élaborer des stratégies applicables sur le terrain. Tout n’est pas encore dit, et des pistes de recherche parfois surprenantes peuvent susciter de nouveaux espoirs, parfois rapidement concrétisables – pour autant qu’il ne s’agisse pas de miroirs aux alouettes créés par des sociétés commerciales en mal de brevets très rentables.    

Le dépistage du cancer du sein se heurte à de nombreux écueils, dont le moindre n’est pas le manque de motivation (ou la peur de savoir ?) des femmes par rapport à cette affection qui les effraie souvent – et à plus d’un titre. Si la mammographie garde encore pleinement sa place à côté des autres techniques d’imagerie qui occupent de plus en plus le devant de la scène, comme l’échographie et la résonance magnétique nucléaire, une des meilleures alternatives actuelles pourrait bien être le CT-scan à faisceau conique, qui délivre en une minute à peine (contre dix pour une mammographie et quarante pour une RMN) une image très fine et en 3 dimensions. Il n’en reste pas moins que la question du coût reste posée dans le cadre d’un dépistage à grande échelle, et qu’on a de toute manière affaire à une technique qui, pour confortable qu’elle soit pour la patiente, apporte sa dose non négligeable de rayons X - même si cette dernière est comparable à celle délivrée lors d’une mammographie classique.

Bref, la porte reste ouverte à d’autres techniques nouvelles qui, outre la suppression de toute irradiation, permettraient un diagnostic rapide avec un minimum de faux négatifs (les pires) et de faux positifs (qui entraînent une inquiétude et des biopsies inutiles).

La radiographie d’un cheveu

C’est bien connu en toxicologie, notamment: le cheveu n’est pas constitué que de l’une ou l’autre forme de kératine, mais renferme aussi différentes substances présentes dans l’organisme, comme des métaux lourds qui peuvent signer une intoxication chronique par le travail exercé (métallurgie, entre autres). Mais d’autres altérations sont observables, notamment au niveau de la structure hélicoïdale complexe de la kératine capillaire. Le gros de cette structure est classiquement observable en microscopie, mais les altérations les plus fines, au niveau de certaines liaisons chimiques notamment, ne peuvent être mises en évidence que par des moyens détournés. C’est ainsi qu’en 1999, dans la revue Nature, James et al. ont signalé des différences spécifiques dans la diffraction des rayons X entre les cheveux des personnes saines et ceux des personnes atteintes d’un cancer du sein. (1) Une affirmation qui pourrait faire penser à une histoire tirée par les cheveux – d’accord, c’était facile, mais qui n’est pas dénuée d’arguments scientifiques pour expliquer le phénomène.

 

Le sein, une glande sudoripare!

En fait, l’explication serait à rechercher dans l’embryologie, l’endocrinologie et la gynécologie conjuguées. En 2006, Lawson et Tran ont montré que certaines molécules tels les récepteurs alpha aux œstrogènes et des récepteurs progestéroniques sont plus nombreuses dans les tumeurs mammaires ainsi que dans la peau des patientes atteintes, provoquant ainsi des modifications cutanées, cheveux et poils y compris. En fait, les glandes mammaires sont des glandes sudoripares qui se sont spécialisées au cours de l’embryogenèse, glandes qui ont elles-mêmes une origine épithéliale, tout comme bien entendu les phanères. Et comme les œstrogènes et d’autres hormones sont métabolisés notamment au niveau de la peau...

L’effet précis du cancer du sein sur le cheveu est encore mal connu. Certains évoquent l’incorporation d’un matériel lipidique anormal dans la structure protéique, tandis que d’autres évoquent l’effet des cytokines et des facteurs de croissance sécrétés. Ainsi, par exemple, le taux sérique du facteur TNF-alpha est augmenté dans les cas de cancer du sein. Or, on sait que ce facteur est capable d’influencer la régulation de la croissance du follicule pileux, ce qui peut laisser supposer une influence biochimique également.

 

Une méthode peu traumatisante pour la patiente – sauf si les cheveux sont teints

Pour ce qui concerne la patiente, le dépistage consiste tout simplement à lui prélever quelques cheveux, pourvu qu’ils aient au moins 3 cm de longueur. Ne prendre que les pointes n’a guère de sens puisque, sachant que la croissance du cheveu est d’environ 1 à 1,5 cm par mois, il est évidemment logique d’examiner la zone émergente, qui donnera le statut oncologique le plus récent possible.

Les cheveux seront inutilisables s’ils ont été traités d’une manière ou l’autre, par teinture par exemple. Auquel cas il faudrait se rabattre sur les poils pubiens, en espérant qu’ils n’aient pas été atteints par la teinture ni le rasage que subissent souvent les aisselles féminines…

Les cheveux sont ensuite traités selon une procédure assez codifiée et idéalement automatisée afin d’assurer la reproductibilité des résultats. Des rayons X (actuellement au départ d’un ultra-coûteux synchrotron) sont ensuite appliqués pendant une trentaine de secondes sur la préparation, avant analyse des images de diffraction qui montre des courbes additionnelles à celles de la diffraction normale et, surtout, spécifiquement liées à l’existence d’un cancer du sein.

Des résultats très encourageants, pour une application pas trop éloignée

Le procédé, appelé Fermiscan®, est actuellement en cours de validation. Une étude portant sur 2.000 femmes a débuté l’année dernière en Australie, et devrait être terminée d’ici à la fin juin 2008. Les premiers résultats, portant sur 800 femmes, ont été analysés en décembre dernier et sont de fort bonne facture, comparés à ceux délivrés par la mammographie ou les biopsies réalisées. C’est d’ailleurs sur ce dernier point que la technique semble à ce stade particulièrement performante : elle a en effet permis d’identifier – et à raison - comme fausses négatives 91% des femmes pour qui la mammographie indiquait la nécessité d’une biopsie.

Si les résultats finaux devaient s’avérer concluants, une commercialisation de la méthode pourrait intervenir dès la fin de cette année encore. De quoi remettre en question bien des stratégies de dépistage et apporter probablement un diagnostic plus précoce, sans compter un meilleur taux de participation des femmes concernées.

 

La salive aussi

Il n’y a décidément pas que le sommet du crâne à se révéler potentiellement apte à dépister le cancer du sein. La salive, une sécrétion biologique plus complexe qu’on ne l’imagine parfois, serait également capable de permettre ce dépistage, ainsi d’ailleurs que d’autres types de néoplasies plutôt en rapport avec la tête ou les différentes structures anatomiques du cou. L’équipe de biochimistes entourant le Professeur Charles Streckfus (Houston, Texas) a en effet découvert pas moins de 49 protéines salivaires différentes et qui signeraient l’existence d’un cancer du sein.(2)  Les études actuelles n’ont porté que sur un échantillon limité à 30 prélèvements, mais les chercheurs semblent déjà convaincus que la salive pourrait aussi permettre de repérer le cancer de l’ovaire ou celui du col de l’utérus.

L’idée serait de pouvoir fabriquer un petit appareil capable de repérer quasi instantanément l’une ou l’autre de ces protéines au cabinet du médecin traitant. Difficile d’en dire plus actuellement sur ce projet, tant que des études à grande échelle et/ou l’identification précise des protéines observées n’auront pas eu lieu.

Certains dentistes américains imaginent déjà que ce type de dépistage, très peu invasif, pourrait très bien leur être dévolu dans la mesure où, d’après eux, les femmes consultent plus souvent leur dentiste que leur médecin traitant.  De là à ce que de telles idées fassent recette chez nous, il y a une marge qu’il serait bien présomptueux de franchir. A ce train-là, on pourrait aussi imaginer certains salons de coiffure troquer leur banc solaire pour un appareil aux rayons X et faire concurrence pour le dépistage du cancer du sein…

Dr Claude Leroy

 

Références :  

1. James V, Kearsley J, Irving T, Amemiya Y, Cookson D. Using hair to

screen for breast cancer. Nature 1999;398:33–4.

2. http://cns.utexas.edu/communications/2008/01/saliva_chip_cancer.as

 

                                                            Paru dans le journal le Généraliste n° 865 du 8 mai 2008

 

 

 

 

 

 

L'alopécie parfois signe d'hypertension chez la femme.

 

Alopécique ET hypertendue ?

Les hommes ne sont pas les seuls à risquer de voir leur chevelure se réduire à une peau de chagrin au fils des années. Certaines femmes en souffrent également, surtout à un âge plus avancé. Si, chez l'homme, il n'y a pas grand-chose à signaler sur le plan physiopathologique, il en va autrement pour le beau sexe, où le symptôme peut avoir valeur de signal d'alarme.

L'alopécie androgénétique est la forme la plus courante d'alopécie observée tant chez l'homme que chez la femme. Différents auteurs avaient déjà pointé du doigt une probable association à l'hypertension artérielle chez cette dernière, et une étude publiée récemment vient appuyer cette hypothèse. Ce qui n'est pas inintéressant sur le plan clinique.

Une présentation différente

Si, chez l'homme, ce type d'alopécie commence plus ou moins tôt à l'âge adulte et prend des formes variables, suivant en cela un pattern génétique complexe, elle est différente dans sa présentation féminine, avec un éclaircissement marqué du sommet du crâne et une bonne préservation générale de la ligne frontale – ce qui est sans doute le plus important d'un point de vue esthétique. La perturbation de la balance œstrogènes-androgènes qu'entraîne notamment la ménopause semble être le facteur déclenchant le plus souvent impliqué, ce qui explique l'âge généralement plus avancé de la survenue de l'alopécie. Outre l'équilibration hormonale, le traitement classiquement proposé consiste en minoxidil en application locale. Le finastéride souvent pris par les hommes présente un risque élevé de tératogénicité et est donc prescrit plus rarement. S'y ajoutent les anti-aldostérone, d'abord utilisés sur base empirique. Cela pourrait changer.

Systolo-diastolique

Cette étude espagnole, qui comparait 40 femmes souffrant d'alopécie androgénétique et 40 femmes contrôle, a montré une augmentation significative de la pression systolique chez les femmes souffrant d'alopécie androgénétique par rapport à celles qui n'en présentaient pas (139 mm Hg contre 107 mm Hg), ainsi que de la pression diastolique (environ 87 mm Hg chez les femmes atteintes d'alopécie androgénétique contre 67 chez les femmes contrôle). Sans grande surprise avec de tels chiffres, les taux d'aldostérone étaient également significativement plus élevés en cas d'alopécie androgénétique.

Plus loin que le cheveu

Le lien semble donc se confirmer entre hyperaldostéronisme et alopécie androgénétique chez la femme. Les médicaments anti-aldostérone (du type de la spironolactone) trouvent donc une pleine justification dans ce contexte dermato-esthétique. Mais au-delà, en médecine générale, il faut savoir penser à un début d'hypertension artérielle chez une femme qui consulte pour une perte de cheveux anormale au niveau du vertex. Faudrait-il faire passer le message aux coiffeurs, dépisteurs de première ligne ?

                                                                                                  Dr Claude Leroy

 

Référence :

Arias-santiago S et coll. Hypertension and aldosterone levels in women with early-onset androgenetic alopecia. Br J Dermatol 2010;162:786-9

 

Paru dans le journal Le Généraliste n°966 du 20 mai 2010


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